Prisons Françaises ; haine de soi et haine de la France
Au moment où les prisons atteignent en France des seuils records d’enfermements avec en février 2012 un taux de 101 détenus pour 100 000 habitants (75222) alors qu’en
Allemagne avec 89 détenus pour 100 000 la population carcérale a diminué en 10 ans de 6,9 %. (+ 31 % d'incacrcération en France sur la même période), il est devenu urgent de s'interroger sur le
passage à l'acte de Mohamed Merah, lequel a vécu 18 mois en prison. Mais qu'a-t-il donc vécu là-bas ? Son spectaculaire suicide contre la France, doit nous interroger sur
l'actuelle politique d’enfermement dont les chiffres sont toujours trés mauvais : + 4,3 % pour les atteintes
aux personnes, et + 12 % des cambriolages ! http://www.rue89.com/2009/09/09/delinquance-les-politiques-sont-enfermes-dans-les-chiffres ,
etc....
La politique strictement répressive est donc sans effet et l’insécurité augmente bien en proportion tout en nourrissant dans
l’opinion publique un désir paradoxal et improductif de répression. C’est un fait désormais démontré : plus les conditions carcérales sont
mauvaises , plus la récidive augmente par le seul fait que la vie en prison dégrade moralement les détenus. Voici le chiffre qui dérange ; 60 % des détenus passés en prison vont récidiver
dans les 5 années qui suivent leur libération....
La politique pénitentiaire de la France est donc en échec total, sauf pour les grands groupes privés qui en bénéficient
grâce à des politique de partenariat public/privé qui profitent aux sociétés proches du pouvoir ; Bouygues, Eiffages, Suez, Sogeres etc... Le privé tire seul bénéfice de la
gestion calamiteuse de la délinquance qui est devenue un marché, en même temps qu’ elle est un fléau pour la population Française ; tout détenu ressortira de prison à un moment mais
dans quel état ? Est-il normal qu’une majorité de détenus se convertisse à un islam radical et haineux dans les prisons Françaises, faute de pouvoir y reconquérir cette dignité sans laquelle aucun homme ne peut vivre décemment
?
Ayant passé 10 années de ma vie à observer une fois par semaine le milieu carcéral (en tant que visiteur de prison et
professeur), voici les principaux fléaux que j’ai pu identifier comme étant des facteurs irrémédiablement dégradants pour un être humain.
http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/14/comment-les-prisons-francaises-fabriquent-de-la-recidive_1587798_3224.html
Ici le témoignage accablant du psychologue qui a rencontré en prison Mohamed Merah et qui confirme en tous points
le témoignage ci après : http://www.franceinfo.fr/faits-divers/mohamed-merah-en-2009-etait-un-garcon-fragile-anxieux-narcissique-psy-565821-2012-03-24 cliquez ici : link
1°) La déréliction pénitentiaire - L’insalubrité mentale et physique des détenus
L’état de Santé physique et psychique des détenus est le plus souvent inquiétant.
Il faut savoir qu’il n’y a pas de médecin permanent au sein des unités de soins (UCSA, cellule médicale gérée par l’hôpital public). Un
détenu souffrant de difficultés rénales me racontait comment en faisant une crise d’acétone un soir, IL a dû attendre le lendemain matin pour prendre un rendez-vous bien plus tard dans la journée
avec le médecin. Face à la lenteur administrative de la démarche, en attendant, il s’est soigné en buvant du Coca-Cola, car en prison on ne soigne que les situations critiques, ou
chroniques.
La notion d’urgence médicale relève de l’in extremis vital en prison.
Idem le dentiste, l’ophtalmo, etc... Pour des raisons de coût, il n’y a pas de cellule de soin véritable pour une population qui pourrait
trouver en prison une première réhabilitation avec l’intimité de son corps.
Pour ce qui est des problèmes psychiques, avec une seule psychologue en moyenne pour plus de 450 détenus par centre... On pare au plus
pressé et on accepte que des malades mentaux incarcérés, voisinent avec des primaux délinquants.
Aucun travail psychothérapeutique sérieux n’est envisageable en prison ou par ailleurs une majorité de détenus est condamnée par la justice à une « obligation de soin » par un tribunal qui reste dans le discours moral des bonnes intentions et de la commination.
Les détenus n’ont droit qu’à des faire valoir professionnels, qui permettent sur le papier de donner l’illusion d’une prise en charge,
mais qui est rendue impossible en réalité dans les faits.
La situation médicale est ainsi souvent évoquée par les détenus comme source de malaise ; rien n’est manifestement prévu pour une
thérapeutique du XXIéme siècle. Par exemple ; il n’y a plus assez de personnel pour distribuer quotidiennement et individuellement les
médicaments selon une ordonnance suivie quotidiennement. On donne parfois à certains une poche de tranquillisants pour la semaine. Résultat ; le trafic est permanent, les médicaments
deviennent une monnaie d’échange courante pour ceux qui n’ont pas d’argent. Car les médicaments avec le piège de la télé sont la seule issue pour aider à passer le temps, il vaudrait mieux dire
tuer le temps, si ce n’est se tuer soi-même ( puisque régulièrement on meurt noyé dans son propre vomis dans les prisons françaises, la faute à pas de chance...).
On m’a raconté comment le subutex ou son équivalent opiacé redoutable (la métadone) est distribué aux toxicos , une drogue légale qui
aide, avec la télévision, à calmer l’excitation nerveuse des détenus. Il faut imaginer ces longues files d’attente de fantômes en survêtement (le vêtement quotidien du détenu) en file indienne,
attendant dés 9 heures le produit miracle qui les aidera à tenir jusqu’au lendemain matin.
J’ai visité un garçon qui parlait avec une balle de ping-pong dans la bouche, les paupières lourdes, le teint gris : il était sous
double dose de subutex 16 Mg + Vallium : KO debout ! Un autre s’est affalé sur la table... On m’a donné le tarif ; 1 dose de subutex = 4 paquets de tabac = 20€.
De manière générale les détenus appellent la prison ; l’hôpital.. Non pas qu’on y soit
soigné, mais on y est tous drogués soit par le médecin, soit par le trafic de médicaments. Car le détenu idéal pour l’administration c’est une « épave » qui erre, ou plus généralement
ne bouge quasiment plus de sa cellule.
L’automédication et la prescription de tranquillisants est une des activités les plus importantes en prison. On voit sur l’année certains
détenus dépérir physiquement , et psychologiquement se « légumifier »....
La prison ne soigne rien, souvent même elle suscite de pathologies.... Alors qu’elle serait pourtant l’occasion de réhabiliter le corps du
détenu : ses dents, ses yeux, toutes les plaies de la vie d’avant.
Par ailleurs cette gabegie médicamenteuse doit bien avoir un coût sur les finances de l’hôpital public, où chaque responsable distribue
sans contrôle les médicaments de son choix. Exemple du Tranquital, un phyto médicament aux vertus tranquillisantes, distribué par les laboratoires Roche auquel tout arrivant est soumis d’autorité
d’après des témoignages récurrents de mon centre de détention. A l’heure d’un prétendu contrôle des dépenses publiques, on ne regarde pas sur le coût de l’endormissement carcéral.
2°) La légumification pénitentiaire des détenus
La prison c’est l’abandon des règles de comportement, et de dignité
personnelle. Il faut bien comprendre qu’une majorité de détenus entrent en état de désocialisation physique et mentale. On les enferme tels qu’ils sont. Or tels qu’ils sont ils ne sont pas gérables ; illettrés pour la plupart, défaits physiquement (il n’y a pas d’obligation de soins dentaires par exemple,
on pare au plus pressé), abîmés psychologiquement on a souvent affaire à des gens qui ne savent tout simplement pas... vivre... Que faire ?
Réponse ; Rien... Sinon attendre la fin de la peine. La prison enseigne le renoncement et la perte d’espoir pour tous.
Une majorité de détenus incarcérés s’incarcèrent ainsi dans leur incarcération et ne
descendent jamais de leur étage. Ils vivent terrés dans leurs cellules qui sont devenues de véritables « grottes » selon le mot d’un détenu : rideau sur la fenêtre, cellules
jamais aérées, habits non rangés jonchant le sol et le lit, sanitaires jamais nettoyés, etc... Le détenu peut devenir physiquement inaccessible, repoussant : le personnel n’entre plus, ne parle
plus avec ce genre de détenu, on s’assure seulement chaque matin en ouvrant la cellule, qu’il est encore vivant, etc.... Un gardien m’a raconté comment l’ouverture de certaines cellules le matin
est un véritable supplice à cause de l’odeur qui s’en échappe. J’ai vu des clochards en détention, on les appelle des « indigents » ; sans famille, sans revenu, sans relation avec autrui, c’est tout l’art de l’administration que d’essayer de répartir ces détenus avec
d’autres qui vont les aider par charité, car c’est étonnant mais il y a en prison des détenus aussi charitables que n’importe où ailleurs. Des relations de solidarité se créaient parfois entre
détenus, lesquels compensent ainsi ce que l’administration n’a plus la possibilité/volonté de faire. Le prosélytisme religieux bien évidemment compte sur ce désespoir du détenu.
Ce qui surprend c’est la situation des promenades, de l’avis de personnels comme de
détenus, on s’étonne de l’absence de fréquentation de la cour de promenade. Idem les salles de sport qui sont désertées, et que dire des salles de classe.
En général le dimanche, lors de la deuxième promenade il est fréquent qu’il n’y ait que
trois détenus sur 500, en train de s’aérer, se dégourdir, dialoguer, etc.... Comment l’expliquer sinon par une situation de délaissement généralisé ?
Les détenus restent dans leurs « oubliettes »... Conséquence d’une prison où plus rien n’est obligatoire, si ce n’est dormir et
se faire oublier.
Bien entendu l’administration invoquera le règlement qui suppose l’observation par le détenu d’un minimum de propreté, ranger, se doucher
chaque jour, etc...
Mais, soit que les moyens en personnels soient insuffisants, soit que la population carcérale soit devenue ingérable, il y a bien une
situation d’accommodement à la paupérisation physique et mentale généralisée des détenus.
J’ai vu des clochards, sales, pas rasés, mal habillés, sortir avec des sacs en plastique et attendre hagards un taxi, seuls, devant la
porte en fer de la prison. Imaginons ce qu’il leur reste à faire, dans l’état où ils sont, avec en poche le billet de train pour nulle part offert gracieusement par l’administration, et la
poignée d’Euros pour se nourrir deux jours...
c) La ghettoïsation pénitentiaire des détenus dans des prisons « libérales »
Il y a beaucoup d’isolés, de sans famille en prison... Pas de visite, pas de courrier, pas
d’argent pour compléter le chétif plateau-repas de la société privée SOGERES qui outre la pauvreté des repas organise
aussi la fameuse « cantine » : la cantine en détention (cantiner) c’est le magasin où on peut acheter à des prix scandaleusement chers des produits de première nécessité, des DVD,
ou bien des tapis de prière, etc.... Par exemple on vend en cantine la PS2 145 €, lorsqu’elle coûte dans le commerce 69 €, on leur revend des
produits « La redoute » manifestement en solde sur les catalogues, à des prix pas soldés du tout, etc... En prison TOUT se paye plus cher qu’au dehors....
C’est le paradoxe de la prison qui est devenue tout aussi libérale que la société. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’abandon
des individus à leur propre liberté, va transformer les couloirs de détention en véritable « rue » (propos d’un surveillant chef) de quartier pauvre, de cité, où les mêmes habitudes de
trafic pour s’en sortir sont reconduites ; rackets divers, intimidations, revente, bref le marché noir habituel des produits illégaux, y compris la drogue puisque la drogue entre en prison,
soit par les parloirs, soit par les balles de tennis balancées par dessus les grilles, et dans lesquelles ont peut faire passer également un téléphone portable en pièce détachées.... Et comme
dans tous les quartiers pauvres, même si c’est un quartier unisexe, bien entendu la prostitution fonctionne à
plein, puisqu’il faut bien trouver des moyens pour se soulager lorsqu’on est enfermé depuis des années et que la
masturbation, principale activité du détenu, ne suffit plus.... Voir l’excellent travail de Arnaud Gaillard http://gss.revues.org/index1476.html
Le pire étant bien sûr les différences de revenu entre détenus qui, en faisant entrer
leur vie sociale dans la prison, y font entrer également leurs différences de classe, notamment en termes de vêtements.
Certains détenus font ainsi « le ménage » pour d’autres, afin de se payer un paquet de tabac ou de café, denrées prisées en
détention. C’est le genre de comportement qu’on apprend en détention ; se vendre aux plus forts, ceux qui reçoivent des mandats.
L’habileté de l’administration consiste à installer les détenu par typologie, soit sociale, soit ethnique, soit pénale dans le cas des
pédophiles qu’il faut protéger des autres détenus.
Bref ; Il n’y a pas plus inégalitaire et injuste que la prison qui prétend représenter
la justice ce que certains légitiment en expliquant que la prison n’a pas à mentir sur la réalité sociale. Pourquoi pas....
Mais à condition que la prison organise une égalité des chances, à défaut d’une égalité des conditions et que ceux qui souhaitent
améliorer leur situation scolaire, professionnelle, ou tout simplement pécuniaire puissent y avoir accès. Ce qui est loin d’être le cas....
Qui plus est, avec l’abandon des règles minimales du vivre ensemble qu’il n’y a plus moyen de faire respecter.
Par exemple une plainte récurrente des détenus concerne le bruit.
Pas seulement le bruit permanent des serrures, après tout on est en prison mais le bruit des
Home-cinémas, des chaînes Hi-FI du Rap à tue-tête (puisque la prison c’est le reflet de la société libérale) ou des hurlements sinistres de détenus
psychotiques qui s’insultent d’étage à étage par les fenêtres. Ca hurle en permanence dans les prisons....
Seul moyen d’obtenir le silence ; c’est la pression physique et morale, l’intimidation de l’autre... Faire sa loi lorsqu’il n’y en a
plus et que le personnel a peur.
Bien entendu cette promiscuité permanente des détenus, dans des locaux inappropriés est pour nous choquante et serait probablement très
éprouvante à vivre. Mais il faut hélas considérer deux éléments. Le premier c’est la répartition des détenus par ailes définissant des profils culturellement compatibles entre eux. Bien sûr du
point de vue du vivre ensemble et de l’éthique républicaine, cette ghettoïsation des mœurs n’est pas satisfaisante mais elle permet de rendre viable l’espace carcéral, en opérant un tri social. La deuxième est plus sordide ; le profil des nouveaux délinquants correspond en majorité à des jeunes de cités pour lesquels il n’y a
aucune différence entre la vie dans une cité dortoir, et la détention dans une prison dortoir.... Pour ce public là, déjà désocialisé, le passage en prison ressemble au quotidien, la réduction du
périmètre des déplacements en moins.
d) La castration pénitentiaire des détenus.
C’est un grand problème pour un détenu ; l’abstinence sexuelle puisque officiellement il n’y a pas de relations sexuelles en Prison.
Pourtant on y consomme un nombre prodigieux de préservatifs en accès gratuit, c’est d’ailleurs la seule chose offerte par l’administration : la capote et le calendrier chrétien « La
bonne semence » ! Il y a donc une « homosexualité carcérale » qui pose des problèmes d’identité psychique
à la plupart d’entre-eux, qui se voient contraints à ce genre de rapports sexuels qu’ils n’avaient pas en liberté. « L’homosexualité carcérale fait naître chez les hommes un conflit
interne souvent absolu . Il s’agit soit de perdre sa puissance symbolique en consentant à dévaluer sa virilité par des actes homosexuels, soit de faire triompher sa puissance par
l’utilisation d son phallus dans le corps d’un partenaire de même sexe» p.204. http://gss.revues.org/index1476.html
C’est le tabou par excellence qui frappe les plus faibles.
Il n’est pas rare que les « pointeurs » se fassent collectivement violer « pour qu’ils comprennent ce qu’ils on fait »
car c’est une spécialité de la prison ; on y trouve toujours pire criminel que soi.
Entre les fouilles anales des gardiens et les brûlures par cigarette, la détention est aussi une épreuve physique. Voir dans le même
ouvrage le témoignage de Patrick Dils p. 172
e) L’asiatisation pénitentiaire des détenus au travail
Le travail n’est donc plus obligatoire en détention. Il est même une denrée rare en période de crise et d’autant plus prisée que, pour
certains, c’est où le travail officiel, ou bien le viol et les ménages des détenus les plus puissants. L’école non plus n’est pas obligatoire, surtout pas, et il est fréquent que ceux qui
viennent en cours pour s’instruire soient obligés d’arrêter pour aller gagner de quoi subsister. L’administration dénomme cela d’un pompeux : « savoir se donner des
priorités »... Ou l’école, ou le travail.
Qu’est-ce que le travail en prison ; c’est très exactement ce qu’on peut imaginer du travailleur chinois ; pas de contrat,
c'est expressément interdit par l'article 717-3 du code pénal. Ce qui veut dire pas de smic, pas de congés payés, pas de droit syndical, pas d'arrêt maladie...
Normal on est en prison !
L’inspection du travail ne se rend en détention que sur invitation de la direction pénitentiaire. Les conditions d’hygiène
et de sécurité relèvent très exactement du salarié chinois. Le SMIC carcéral est d’ailleurs de 3 € 90 ... bruts. Ainsi en travaillant aux pièces 6 heures par jours on peut quand même gagner 300
€/mois, de quoi payer la télé, le frigo, et juste de quoi faire la cuisine.
Le travail y est généralement déqualifiant, intellectuellement (plus de cours) moralement (tâche les plus dégradantes) et
professionnellement (c’est inexploitable à la sortie).
Conclusion ; Ce survol de la condition de vie en détention n’a pas pour objectif de disculper les condamnés
ou d’angéliser des individus au détriment des victimes. Il s’agit seulement de comprendre comment la politique actuelle du tout carcéral en profitant d’abord à des groupes privés qui
s’enrichissent de la délinquance, suscite en même temps une inflation sans précédent de la délinquance Française dont les finances publiques mais aussi le climat social souffrent en
silence.
Si les prisons Françaises représentent l’inconscient social du
pays, alors les passages à l’acte tel que celui de Mohamed Merah seront encore nombreux. Il faut s’y préparer.
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